Ôde à la complexité

Je suis toujours désarçonné d’entendre quiconque dire que “tout est compliqué” sur le ton de la complainte plutôt que sur le ton de celui ou celle qui énonce une évidence. Bien sûr qu’à peu près tout est complexe, et Dieu merci.

Bien que parfois, je me demande si je suis une anomalie d’ainsi me plaire dans la nuance, l’hétérogène et le contraste. J’ai le sentiment que la plupart des gens préfèrent le tapage aux crescendos chromatiques, les blockbusters aux films à dialogues, le 36D au 34B. Erré-je ? Me méprends-je ? Suis-je fourré ?

Je me questionne de plus en plus à savoir si je pourrais tomber follement amoureux d’une fille qui n’est pas “brisée”. L’expression est galvaudée et je grince des dents en l’utilisant, mais c’est malgré tout ce que je trouve de mieux pour illustrer ce que j’ai en tête.

Une fille écorchée, fuckée, tourmentée. Avec qui tout ne sera pas que long fleuve tranquille. Avec des cicatrices comme les miennes, des doutes aussi abyssaux, des passions aussi brûlantes. Qui a autant de dimensions qu’il y a de jours dans l’année. Qui incarne le fait que si la folie n’est pas loin du génie, elle flirte aussi très souvent avec le sexy.

Une fille que la vie a éraflée, comme elle aime si bien le faire. Qui a ses vulnérabilités, comme nous en avons tous, au fond. Non pas parce que j’aime que les gens soient vulnérables, mais bien parce que lorsque deux personnes acceptent de partager mutuellement et ouvertement leurs vulnérabilités, ça crée un lien d’une puissance inouïe. C’est ce lien qui tisse les plus fortes amitiés et les cimente au-delà des écueils du temps et de la distance, des écueils de cette vie qui passe. C’est ce même lien qui unit les gens qui vivent le type d’amour le plus grandiose.

Une fille qui a du vécu, tiens, un autre mot galvaudé. Qui a saisi par la force des choses que le parcours d’une vie est sinueux, qu’il y aura des douleurs, mais qu’elles ne seront pas vaines si elles mènent à un plus grand bonheur. Que les décisions qui rapportent le plus sont celles avec un risque d’erreur, sont celles qui se prennent avec une dose de peur.

Qui comprend et accepte que les gens évoluent. Qui se dit que si tu es la même personne qu’il y a un an, tu as mal utilisé ton année. Qui saisit que ce n’est pas de s’être trompé qui importe, mais bien combien de temps tu persistes à vivre dans la même erreur sans la corriger.

J’ai 24 ans et j’ai l’impression que chaque jour apporte son lot d’incertitudes, sa nouvelle constatation de toute la complexité de l’humain. C’est peut-être ironique, mais je crois que c’est une des choses qui m’enthousiasme le plus actuellement dans la vie. Cette découverte perpétuelle que peut être l’amour. Celle de l’autre. Celle de soi, aussi.

Et c’est pourquoi je crois que ce n’est que d’une fille brisée et compliquée dont je puisse être amoureux fou. Parce que j’ai soif d’être avec quelqu’un dont j’aurai envie de tout connaître et dont j’aurai l’impression qu’à chaque instant, en l’écoutant me raconter sa journée, dans le creux d’une nuit passionnelle, dans un silence partagé, qu’à tout moment, j’aurai la chance de découvrir soudainement un nouvel éclat provenant d’un inépuisable trésor, une nouvelle nuance dans un tableau peint par deux virtuoses un peu fous qui se sont lancés dans la plus belle fresque qui soit.

Est-ce cinglé, utopique ou magnifique ? Sans doute les trois à la fois. C’est que, vous savez, tout est compliqué.

La santé pis TOUTE

C’est un autre temps des fêtes qui se termine. Que ce soit d’aller à la messe de minuit, jouer au hockey sur une patinoire extérieure jusqu’aux petites heures, écouter ciné-cadeau emmitouflé sous une couette avec un café cognac ou surprendre votre petite cousine en train de jouer des mains avec balourdise dans le calecif de son nouveau copain éméché derrière le monticule de manteaux amassés sur le lit de la chambre d’amis, les traditions de cette riche période de l’année sont multiples.

Parmi celles-ci se trouve également l’échange des souhaits pour l’année à venir. C’est ainsi que durant toute la journée du Nouvel An, poignées de mains et bises seront de mise, tout comme l’entièreté des bonnes vieilles formules dont celle mythique évoquant le proverbial succès dans les études.

De ce rite mainte fois observé dans ma jeunesse, je garde ces vagues souvenirs de mains molles et moites, de rouges à lèvres ridiculement indélébiles et du fameux souhait, celui de la santé. Jeune et jadis muni d’une constitution qui me semblait sans faille, je ne comprenais pas tout à fait pourquoi on faisait un aussi grand cas de tout ça, la santé et ces choses.

2011 m’aura permis de saisir. J’imagine que d’apprendre que mes reins sont aussi fonctionnels que les zygomatiques de Jacques Martin ou les neurotransmetteurs de Michèle Richard y a été pour quelque chose. Comme trop souvent, c’est en perdant quelque chose que j’ai réalisé toute son importance.

Sauf que 2011 m’aura aussi permis d’apprendre une autre chose. J’ai réalisé que malgré toutes les embûches que la vie décide de mettre sur notre chemin, que ce soit la maladie, la dépression, les addictions, si vous avez la chance d’être entouré de gens qui vous aiment et que vous aimez, ou même plus, si vous avez la fortune inouïe d’être amoureux, il n’y a rien que vous ne pourrez surmonter.

Alors voilà, si je vous souhaite bien sûr d’être en santé en 2012, je vous souhaite encore plus de trouver quelqu’un que vous aimerez follement et qui vous le rendra. Et si vous avez déjà cette chance, je vous souhaite seulement de la savourer pleinement. Parce que c’est en la perdant que vous réalisez toute son importance.

Joyeux 2012.