La fin du monde

«C’est la fin du monde! »

C’est ce que nous nous disions parfois, tôt le samedi matin, encore emmaillotés, grelottant à la simple idée d’extirper un seul orteil de la couette, véritable refuge thermique face à cette nouvelle ère de toute évidence glaciale qui nous était tombée dessus quelque part entre une heure et six heures du matin. La vraie fin du monde que j’te dis.

« Je veux que vous sachiez, mon cher monsieur, que le rapport sexuel que nous venons d’avoir, aussi plaisant fût-il, n’était rien d’autre qu’un acte de pure survivance », que tu me lançais d’un air espiègle.

« Ah oui? »

« Absolument! Tout est évidemment une question de dixièmes de Celcius de température corporelle, il en va de la pérennité de la race humaine! »

« Oh, je vois. Laissez-moi toucher vos orteils un instant. Mais… mais elles sont glacées! Je crois que nous n’avons guère le choix d’encore une fois veiller à notre survie. »

« Puisqu’il le faut », répondais-tu alors d’un ton exagérément théâtral.

La fin du monde était finalement arrivée. C’est pour ça que nous prenions notre première douche du week-end ensemble, afin de ne pas gaspiller une ressource aussi limitée que pouvait l’être l’eau chaude en cette période postapocalyptique.

Puis j’enfilais lentement mon manteau et mon écharpe, l’air grave à l’idée d’aller braver le monde extérieur et ses possibles intempéries afin de ramener, si l’état de la civilisation n’était pas trop précaire, quelques croissants fraîchement sortis du four et, advenant que notre destin ne soit pas trop tragique, un peu de fromage et deux lattés bouillants. Tu m’enlaçais longuement, solennellement, avant d’entrouvrir la porte pour que j’aille affronter dieu seul sait quels cataclysmes et autres calamités aux proportions catastrophiques.

« Bon courage! », que j’entendais parfois au loin avant de tourner le coin de la rue. À chaque fois, j’esquissais un sourire ou riais même lorsqu’il m’arrivait de croiser le regard d’un passant interloqué.

Je revenais en refermant prestement la porte derrière moi, feignant d’être à bout de souffle, prenant un air terrorisé.

« J’ai bien cru un instant que vous y resteriez mon cher ». Puis nous nous embrassions, moi qui te serrait la taille de toutes mes forces, toi qui plongeait ton regard dans le mien en me prenant doucement la tête à deux mains. On s’assoyait ensuite en indien dans le lit pour manger les quelques victuailles que j’avais réussi à dégoter au péril de ma vie.

« C’est vraiment la fin du monde » que je lançais alors en prenant une voix d’animateur radio scandalisé. « Les gens sont si stressés qu’ils en attrapent le cancer! La dette des pays occidentaux est incommensurable! Nous sommes esclaves de la consommation, on travaille trop et on pollue à un rythme effréné! » Tu surenchérissais: « La population est obèse et mal informée. Les jeunes font du sexe à neuf ans et ne savent plus écrire. Les 1% plus riches nous exploitent tous! »

« Tu n’as jamais si bien dit. Et en plus de tout ça, le hockey est en lockout! »

« T’es con »

Et puis on se mettait à rigoler. C’était notre façon de tourner en ridicule tous ces prophètes de malheur qu’on entendait au quotidien. Et c’était aussi notre façon de se dire, implicitement, que dans ce monde qu’on dit aujourd’hui si froid et aseptisé, nous avions réussi à trouver quelque chose de vrai et de chaleureux. Quelque chose de simple qu’aucune chronique tapageuse dans le journal ou envolée vindicative radiophonique ne parviendrait à compliquer.

Nous passions ensuite la journée à discuter, à écouter Miles Davis sur les faibles haut-parleurs de mon portable en nous collant, à nous embrasser aussi longtemps que des adolescents amoureux. Nous passions la journée à rire. Personne ne m’avait autant fait rire avant de te connaître. Si dehors c’était la fin du monde, à l’intérieur, un nouveau monde naissait à chaque fois que je t’entendais pouffer.

On se cuisinait un souper toujours très simple: un macaroni à la viande, une lasagne déjà préparée, des pogos extra ketchup. Nous buvions notre vin dans des coupes du Dollarama, mangions du gâteau surgelé McCain. On s’éclairait à la chandelle parce que, disait-on, nous devions demeurés incognito une fois la nuit tombée. Qui sait ce qui pouvait rôder dehors une fois la nuit tombée alors que la fin du monde était arrivée. Je ne voulais pas que tu meures dévorée par un zombie!

Nous allions au lit sans nous soucier de la vaisselle sale pour nous donner mille bisous, pour faire l’amour, pour être bien. Juste avant de t’endormir, confortablement blottie contre moi, tu t’approchais de mon oreille et tu me chuchotais: « C’est avec toi que je veux la vivre, la fin du monde ». Puis tu fermais les yeux et t’endormais tandis que moi je regardais ton visage paisible, le coeur battant encore un peu la chamade, toujours ému que j’étais lorsque tu me chuchotais ça.

C’était notre petit jeu à nous, ça nous faisait rigoler. Et puis on se disait parfois le plus sérieusement du monde que nous serions les plus préparés de la planète si l’apocalypse arrivait finalement.

Mais voilà, depuis hier tu n’es plus là et je suis désemparé. Je n’ai jamais été préparé à ça moi, la vraie de vraie fin du monde. J’ai peur de ne pas y survivre. Pas toi?

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21st Century Love Clichés : Partnership

N’eût été du battement régulier des espadrilles d’un coureur solitaire contre le gravier, rien n’aurait troublé le silence complet qui régnait dans ce rang éloigné qu’une bande de conifères fournis bordait.

“30 minutes. Distance parcourue: 8.24 kilomètres”

Cette voix, c’était celle de l’application du téléphone intelligent de Vincent Lemieux qui mesurait ses performances par l’entremise d’un GPS. Depuis bientôt deux semaines, c’était la seule voix féminine qui meublait son quotidien.

Soudainement, l’appareil qu’il insérait dans sa poche lors de ses sorties se mit à vibrer, signe qu’on tentait de le rejoindre. Fidèle à son habitude, il laissa l’appelant tomber sur sa boîte vocale, se disant qu’il jugerait bien à la teneur du message s’il valait la peine de rappeler. Il continua donc sa trotte sans s’interrompre jusqu’à ce qu’il soit revenu chez lui après un parcours de précisément 12.5 kilomètres. Machinalement, il actionna sa boîte vocale d’où une voix familière se fit entendre:

“Hey salut Vinny, c’est Rich! Écoute, comme tu le sais, heum… Geneviève a décidé de mettre fin à votre contrat un peu prématurément. Si tu veux passer à mon bureau plus tard aujourd’hui, on pourrait regarder tes options. À bientôt”

Voilà un appel qu’il appréhendait depuis déjà quelques jours, fort conscient que l’épineux dossier devrait se régler tôt ou tard. Aussi bien tôt que tard se dit-il en se promettant de profiter d’une de ses rares journées de congé pour se rendre au bureau de Richard situé au centre-ville un peu plus tard au courant de la journée.

C’est ainsi qu’après un copieux déjeuner, deux épisodes de sa nouvelle télésérie favorite et une douche assortie d’une branlette d’une langueur à en vider le réservoir à eau chaude, il prit place dans sa voiture de l’année en direction du bureau de Richard L’Espérance, son courtier en partnership amoureux. Roulant avec une hargne défiant toutes les lois régissant le Code de la route, il ne prit qu’une vingtaine de minutes à parcourir les kilomètres pourtant nombreux qui séparaient sa demeure du longiligne complexe où se trouvaient aménagés au 32e étage les luxueux bureaux du courtier.

Une fois sa voiture garée dans le stationnement souterrain, Vincent se dirigea vers les ascenseurs sans hésiter, lui qui connaissait désormais bien le chemin, l’ayant parcouru plusieurs fois dans les dernières années, précisément à cette même période de l’an par ailleurs.

Il s’engouffra donc dans l’élévateur et après quelques secondes qui lui parurent une éternité, l’embrasure se referma et il ressentit la légère secousse caractéristique du moteur hydraulique qui se mit en branle. Habituellement amorphe durant les quelques secondes que dure ce type de montée, il se mit à réfléchir sur l’influence qu’on eut les ascenseurs sur la société moderne.

Parce qu’avant leur invention, il aurait semblé farfelu à tout architecte de songer à des édifices de plus de cinq, voire six étages. La construction de gratte-ciel comme celui dans lequel il se trouvait a été rendue possible grâce à la confection d’ascenseurs. C’est tout l’urbanisme moderne, au fond, qui s’appuyait sur cela. Qu’en aurait-il été de la répartition géographique des populations, de la densité des masses humaines sur le globe, du…

Ding

La sonnerie lui annonçant qu’il était à destination l’extirpa de ses élucubrations uchroniques et il se dirigea vers la porte où se trouvait inscrit d’une calligraphie tapageuse le slogan douteux de l’entreprise:

COURTIER EN PARTNERSHIP AMOUREUX

RICHARD L’ESPÉRANCE

QUI SAIT JUSQU’OÙ ÇA POURRAIT VOUS MENER?

Sans s’attarder à l’inscription qui la ornait, le jeune homme poussa la porte pour pénétrer dans un vaste vestibule où régnait un imposant bureau de verre derrière lequel se trouvait une réceptionniste fort jolie. Blonde et mince, elle arborait un microscopique décolleté qui laissait entrevoir une proéminente poitrine qui, à n’en point douter, avait reçu quelques coups de bistouri.

  • Monsieur Lemieux, lança-t-elle d’une voix enthousiaste, Rich vous attendait justement. Veuillez prendre place dans la salle d’attente, je vais l’appeler pour lui dire que vous êtes là.

Nonchalamment, Vincent se dirigea donc vers ladite salle d’attente où 3 larges divans de cuir noir étaient orientés pour faire face à une immense télévision haute définition qui surplombait un aquarium où nageaient quelques poissons multicolores.

Confortablement assis, il se remémora la première fois où il avait rencontré Richard.

C’était un vendredi soir, il y a six ans. Comme ils en avaient l’habitude à l’époque, lui et ses amis étaient sortis en boîte afin de boire et, si la chance était de leur côté, rencontrer des filles qui daigneraient bien coucher avec eux. Étant bien peu porté sur la danse contrairement à ses comparses, Vincent était donc accoudé seul au bar à s’enfiler promptement quelques shooters lorsqu’un homme, début-trentaine, chevelure un peu défraîchie et veston passé mode l’accosta d’une voix rauque:

  • Hey le jeune, t’as l’air de t’emmerder pas mal. Un beau gars comme toi, il me semble, ça devrait être en train de cruiser sur le dancefloor, you know?

  • Bof…

  • Cooome on! Ne me dis pas que t’aurais pas envie de te taper une de ces chixs, right?

  • J’sais pas. J’irai peut-être plus tard.

  • Holy shit, t’as l’air de t’ennuyer mon p’tit bonhomme. Moi à ton âge, j’étais toujours primé pour me trouver quelqu’un avec qui fourrer.

  • Bah, on dirait qu’on finit par s’en lasser. Des fois je me dis que ça serait pas pire de faire autre chose que juste me mettre.

  • Oh, that’s my boy! Écoute, j’ai justement un truc qui pourrait t’intéresser.

Il lui avait alors tendu une carte d’affaires avec son nom, ses coordonnées et ce slogan: qui sait jusqu’où ça pourrait vous mener? À l’époque, il n’avait pas la moindre idée de ce que pouvait faire un courtier en partnership amoureux. Il avait donc enfui la carte dans son portefeuille et n’y avait pas repensé pendant des mois jusqu’au jour où, tombant par hasard sur celle-ci, il décida de lâcher un coup de fil.

Rapidement, L’Espérance lui expliqua que son métier consistait à mettre les gens en contact. Son rôle, lui dit-il, était d’agir à titre d’entremetteur entre deux personnes qui recouraient à ce type d’agence et de leur faire signer ce qui s’appelait une entente de relation. D’une durée variable, le contrat ainsi signé obligeait ensuite les signataires à vivre en couple pour toute la période définie. Si le concept était méconnu à l’époque, il s’agissait maintenant de la façon la plus courante pour les couples de se former. Usant d’outils de plus en plus sophistiqués, les courtiers mettant désormais en contact des centaines de millions de personnes annuellement.

Intrigué, Vincent avait alors signé un premier contrat qui l’engageait à être 3 mois avec une dénommée Sophie. De belle apparence et relativement vive d’esprit, le jeune homme avait finalement passé 6 mois avec cette dernière avant que le deuxième contrat ne vienne à échéance et que, d’un commun accord, le deux décident de ne pas renouveller. Peu de temps après, il avait signé pour 6 mois avec Véronique, une brunette enjouée qu’il décida de larguer au bout du semestre.

Il y avait ensuite eu Caroline pendant 1 an, Marie-Pier pendant 2 ans, Stéphanie 1 an et, tout récemment, Geneviève pendant 11 mois. Se prévalant d’une clause prévue au contrat allouant une période où il était possible de rompre l’engagement sans pénalité, cette dernière avait donc cessé leur entente prématurément. Vincent avait reçu la visite d’un huissier à son travail qui lui avait remis un avis de rupture. Les gens ne cassaient désormais plus, il se prévalait plutôt de clause de rupture.

Voilà donc pourquoi il se retrouvait ce matin-là dans les bureaux de son courtier. Toujours dans l’attente de ce dernier, il décida de feuilleter un magazine disposé sur la table de la salle d’attente. Il s’agissait de la dernière édition de Love Affaire, un périodique spécialisé qui s’intéressait au marché désormais coriace des partnerships amoureux. En une se trouvant la photo d’un jeune couple souriant, main dans la main. Vincent parcourut la couverture où on annonçait quelques-uns des articles:

Derivatives: Is a Put the new solution against mate’s gain of weight?”

Speculation: Will the fake boobs bubble burst in 2012?”

How to optimize the value of a big penis in the Asian market”

Love Insurance: Should you insured yourself for the risk of early separation”

Il en était à survoler un article lorsque la voix rauque de son courtier retentit:

  • Vinny, my boy! Comment va?

De l’homme au look douteux qu’il était à l’époque, Richard s’était littéralement métamorphosé depuis. Arborant une coupe de cheveux dernier cri, souriant d’une dentition que seul un dispendieux blanchiment pouvait rendre aussi étincelante, vêtu d’une chemise griffée, il faut dire que le marché des partnerships qui avait explosé dans les dernières années avait fait de lui un homme riche.

D’un pas énergique, il se dirigea vers son client qu’il salua d’une poignée de main aussi franche que vigoureuse avant de l’inciter à le suivre dans son bureau.

  • Je me demandais quand tu finirais par m’appeler Richard, ça fait déjà deux semaines.

  • Rich, mon Vinny, je t’ai déjà dit de m’appeler Rich! Écoute, je reviens tout juste d’une convention de courtiers à L.A. Fas-ci-nant. Love Generator présentait la septième version de leur logiciel. Ils ont intégré une douzaine d’autres variables à leur modèle. Il y avait aussi une compagnie allemande qui présentait ses dernières avancées en matière de matchmaking génétique. Peux-tu croire qu’il n’y a pas si longtemps encore, les gens laissaient tout ça au hasard?

Sans lui laisser le temps de répondre, il continua:

  • Écoute Vinny Boy, j’ai fait le tour de ton dossier tout à l’heure, je dois dire que c’est très prometteur. T’es tout un agent libre! Revenus annuels dans le centile 96 pour ton âge au Canada, indice de masse corporelle avantageux, beauté physique côté AA selon Meyer and Sachs…

Meyer and Sachs était une firme nord-américaine réputée indépendante qui se chargeait d’évaluer aux trois mois l’apparence physique selon une liste exhaustive de critères relatifs à l’endroit du monde où vit la personne jaugée. Le courtier continua son énumération:

  • Compétent en cuisine française, fluide dans trois langues, détenteur de quatre certificats en connaissance générale, shit, t’as même un score Tucker de 2133!

Le score Tucker, nommé en l’honneur de William Tucker, un éminent mathématicien à la tête d’une équipe de recherche du M.I.T., était une mesure qui permettait, en se basant sur le système Elo évaluant la performance des joueurs d’échecs, d’attester les capacités sexuelles d’une personne. Mondialement reconnu, l’indice se fondait sur l’évaluation que chaque partenaire faisait de l’autre, des scores mutuels des personnes impliquées et d’une dizaine d’autres critères. 2851: Deep Poo vs Cocksparov, le porno de l’heure, racontait d’ailleurs l’histoire d’une cyborg qui se tape un étalon russe.

Stoïque devant l’énumération des qualités qui faisaient de lui un être recherché sur l’effervescent marché des partnerships, Vincent se contenta de fixer son courtier qui pianotait furieusement sur le clavier de son Mac nouvelle génération.

  • Je ne sais pas à quoi tu songeais mais les options sont nombreuses. C’est sûr qu’à ton âge, inclure une clause de non-paternité dans le contrat est une formalité. Ensuite il faut voir. Désires-tu avoir une année d’option à ta guise? Une clause de non-fidélité? As-tu le goût d’essayer le marché étranger? Il y a justement quelques conglomérats indonésiens et pakistanais qui veulent s’introduire dans la business. Les taux de change sont écoeurants, on pourrait te dénicher une perle!

  • Écoute Richard, honnêtement, je n’y pas encore vraiment songé…

  • No problem! Tiens, je te donne un pot pour l’échantillon d’urine d’usage et n’oublie pas d’aller passer ton test sanguin. Regarde, je t’ai monté un petit dossier avec quelques brochures sur les nouveautés disponibles. Je ne te retiens pas plus longtemps. Je te laisse le temps de regarder ça et tu m’appelles? C’est bon, à bientôt.

Sans en dire plus, l’homme d’affaires venait d’expédier le garçon qui s’en retourna vers son auto en tenant sous son bras la chemise qui contenait les quelques prospectus en question.

De retour chez lui, Vincent déposa le document sur sa table de chevet et n’y jeta un coup d’oeil que quelques minutes avant d’aller dormir. Le premier dépliant était celui d’un gym sans doute partenaire avec son bureau de courtage. Judicieusement, on conseillait au lecteur: “You gotta stay active if you don’t want your stock to get stuck!

Le second dépliant dont il s’empara était quant à lui celui d’une compagnie qui présentait son tout nouveau type de contrat polygame. Une véritable révolution dans le marché nord-américain clamait la publicité qui vantait le puissant algorithme matriciel de matchmaking mis au point par leur équipe de recherche et développement.

“Vraiment, se dit Vincent avant de s’endormir, Richard a bien raison. Comment croire que des gens pouvaient laisser l’amour au hasard.”

Les ecchyosmoses

C’était après des semaines d’interdit.

Je suis entré par la porte de derrière, refermant la porte avec soin, calmement malgré mon rythme cardiaque accéléré. J’ai même pris le temps de lentement délier mes chaussures, dénouant mes lacets, le souffle un peu court. Je me suis ensuite dirigé vers la chambre avec assurance, me mouvant dans la pénombre avec l’agilité de celui qui connaît déjà les lieux.

Elle m’attendait sur le lit, étendue, vêtue d’un de ces corsages qui vous affecte physiquement. Rapidement, mes pupilles se dilatent, la température de mon corps s’élève d’un, de deux degrés centigrades, mon aorte s’évase et mon sexe se gonfle.

Elle ne bouge pas. Elle me toise simplement. Avidement. Je la regarde directement dans les yeux, un léger sourire en coin, mes dents mordillant ludiquement ma lèvre inférieure. Dans le silence complet de la pièce se glisse un subtil bruit: l’effleurement caractéristique du coton froissé. C’est elle qui serre le drap.

Puis elle s’agenouille sur le matelas et se dirige vers moi. Elle me fait sauter les boutons de ma chemise à une vitesse fiévreuse, des déclics comme des doubles croches sur une gamme un peu folle. On s’embrasse avec violence, dans une intensité bestiale.

Elle penche ensuite la tête sur mon épaule et enfonce avec vigueur ses dents dans mon épaule. Je souris perceptiblement. Elle me bouscule autoritairement sur le matelas dont les ressorts se tendent sous mon poids soudain.

Elle s’approche de mon visage et me murmure quelque chose à l’oreille avant de légèrement la mordiller. Elle descend le long de mon torse, sa langue sillonnant mon buste salin, s’attardant plus longuement aux mamelons rendus rigides. Elle s’empare ensuite de mon sexe tendu et le caresse lentement avant de l’engloutir.

Instinctivement, je m’empare de ses cheveux, je les serre à en sentir le cuir chevelu se tendre, elle a un couinement de plaisir. Mon rythme cardiaque diminue quelque peu tandis qu’elle sent son sexe s’humidifier.

Puis elle se remet à genoux sur le lit, chevauchant cette fois-ci mon corps. Se saisissant de mon érection, elle l’insère en elle d’un coup de bassin vif et laisse aller un cri immédiat. Avec une vigueur répétée, elle enfonce le sexe comme elle enfonce ses ongles dans le torse de sa monture, marquant de sillons rougeâtres ses pectoraux.

Je me retire et la soulève pour l’étendre sur le lit à ma place. Je m’approche d’elle et entreprends de la lécher avec une verve dans la langue digne des plus grands poètes lyriques. Je sens ses ongles s’insérer dans la chair attendrie de mes omoplates, je ressens l’auriculaire qui laisse une épaufrure de volupté, j’ai le dos cartographié de plaisir.

Je l’incite ensuite à se retourner. Elle dépose ses deux coudes sur le parquet de bois et se cambre, frémissant lorsque je la pénètre. La peau de ses coudes se rougit, brûlée par la chaleur du frottement causé par le va-et-vient autoritaire. Sans crier gare, ma main droite vient platement s’abattre sur sa fesse, causant ce petit claquement sec et caractéristique dans la nuit torride. Puis le son vint une deuxième fois comme en écho, et une troisième. Une marque rouge, digitale, pouvait désormais être visible lorsque la seule lumière disponible, celle de la lune alors pleine, parvenait à tromper la vigilance des rideaux entrouverts.

C’est ainsi que la nuit s’écoula, avec les bruits étouffés, les avant-bras mordus lors d’orgasme, les souffles coupés et les soupirs de félicité.

Et le matin venu, j’enfile ma chemise adéquatement pressée et mes pantalons coupe classique. Elle revêtit son tailleur dernier cri, sa jupe ajustée et ses escarpins assortis. Tous deux recouvrons ainsi les ecchymoses et les lacérations de la veille comme le feraient des voleurs camouflant leurs traces après un larcin particulièrement audacieux.

Disparus sous le textile, les rougeurs sur les fesses. Enfouies pour la journée les rigoles de chair vive, griffée, sur les omoplates. Recouvertes, les articulations meurtries par l’inflammation de frottements frénétiques.

Camouflées, les écchyosmoses.


Réflexion du jour sur le couple comme structure relationnelle, style

Ils n’étaient anormaux que par la faculté qu’ils avaient de ne jamais être intéressés plus longtemps qu’une minute à quoi que ce soit” – Le Dôme, Jean Leloup

Je me demande souvent s’il y a des gens qui ne sont tout simplement pas faits pour être en couple.

(NDLR: Je suis de même moi avec mes premières phrases, je balance un “des gens” au lieu de dire moi, personne ne gobe ça sauf ma naïve personne, c’est le genre de subterfuge pour s’donner une crinque, s’illusionner que l’on fait de la socio plutôt que de la patho, se faire des accroires qu’on n’est pas encore barjot.)

Je me questionne donc s’il y a de CES GENS, de ces personnes qui soient de cette race. Appelons-les les solitaires incongrus, les célibataires sempiternels et satisfaits, les nomades de l’âme, ces êtres qui cinglent la vie comme le ferait un voilier, attendant la brise et pour qui jeter l’encre signifierait noyade. Sont-ils nombreux? Est-ce un état d’esprit temporaire, une façon d’être?

La structure relationnelle qu’est le couple monogame, ce modèle notamment judéo-chrétien et qui règne majoritairement en Occident comporte assurément sa part de tares. Prenez cette lassitude qui m’y semble associée, parzemple, le poids de la quotidienneté qui m’a l’air si lourd, la routine pondéreuse, elle ne m’inspire guère. En fait, il m’est difficile de saisir que l’on veuille se confiner dans l’exclusivité que le couple commande. Pourquoi se claquemurer dans ces contraintes? Sans se reclure dans la frivolité du formalisme des one night, il doit y avoir un juste milieu. Pour ceuzes qui ont l’intention d’uniquement rétorquer à ces élubrications que le blogueux n’a tout simplement pas encore rencontré l’Amour avec un grand A pis toute, c’est votre premier cue, GO.

J’ignore si je me fais l’apôtre de la monogamie sélective dans ce texte. J’admets inventer ma position au fur et à mesure, fuck yeah. Bien sûr, comme dans toute chose, l’excès est rarement optimal. Ainsi, un homme qui a manipulé plus de chattes qu’un vétérinaire workolique ou une femme qui a taponné plus de graines qu’un agriculteur passent peut-être à côté de l’essentiel. Quoiqu’encore une fois, il serait hasardeux d’énoncer pareille généralité. Citons en exemple des gens comme le roi Salomon, électrisante rockstar polygame de l’Ancien Testament ou Wilt Chamberlain dont l’expérience en forage d’orifices rivalise avec une bonne partie des plus richissimes prospecteurs d’hydrocarbure de l’OPEP, bref, des gens qui semblent avoir été heureux malgré la multiplicité de leurs concubines.

Je nage donc, pour ceux qui ne suivraient pas encore, dans la confusion. Il m’est ardu de me faire une tête sur le sujet. Je me demande si la jalousie inhérente à la monogamie est acquise ou innée. Bien sûr, dans notre société où l’entièreté (quasi-entièreté?) des moeurs et des balises relationnelles réfère à cette dernière, il m’apparaît difficile d’avoir un portrait clair de la question. Les interrogations fusent à savoir s’il en a toujours été ainsi;

Que faisait l’Homo erectus de ses érections? Est-ce que l’Australopithèque promenait son silex dans plusieurs grottes? Ai-je honte de ces gags grivois et moches? Tant de réponses qui resteront à obtenir.

Il appert ici important de prendre une pause afin de faire une distinction entre la sacro-sainte action de faire l’amour et le sexe dans son ludisme exacerbé qui caractérise notre ère. Ce texte ne traitant pas de la sémantique du cul ou de l’étymologie du pénis dans l’vagin, je me contenterai de dire que je reconnais bien évidemment une valeur ajoutée à la sexualité pratiquée dans un cadre que l’on décrira sobrement comme amoureux afin de ne pas tomber dans le lyrisme cucul qui m’envahit lorsque j’aborde ces thèmes. J’ajouterai cependant qu’un T-Bone n’est pas moins bon parce que le caviar existe.

Oui oui.

Je ne sais donc pas si ce que j’imagine est possible. Est-ce que deux personnes qui s’apprécient énormément, voire qui s’aiment, pourraient faire le constat qu’ils seraient plus riches émotivement dans une pluralité de relations ou s’agit-il de science-fiction émotionnelle? Est-ce seulement souhaitable? Dans le cadre du rôle de parent, tout ça me semble utopique. Mais avant ça, qu’en est-il?

Je me pose la question parce que je deviens rapidement las, j’ai cette impression de me tanner rapidement certes, mais aussi cette conviction que je deviens vite insupportable, névrosé, ennuyeux. De part et d’autre, mes relations s’étiolent, elle périment et périssent bien vite. J’avais d’ailleurs abordé le sujet ici. Les genses qui vont se gâter la théorie de l’Amour qui se fait attendre, deuxième cue, GOGO.

Bien sûr, je suis conscient qu’en pensant ainsi je me restreins, que je m’astreins à des miettes et qu’au final ça risque d’être niet et j’ai souvent peur de passer à côté de bien des choses. Toutefois, je n’ai nullement la sotte envie de me crosser sur des uchronies relationnelles, j’enchainerai rapidement en ajoutant seulement que n’est pas un truc qui se contrôle tant que ça, j’ai l’impression.

S’il y a des trucs pour augmenter l’insouciance, je suis preneur. Des astuces pour exacerber le présent, arrêter un peu cette obsession du futur, cette pensée fausse beaucoup trop omniprésente dans ma tête que si quelque chose n’a pas une espérance de vie considérable, elle ne vaut pas la peine qu’on s’y attarde? Amenez-en. Si je règle cela un jour, je pourrai peut-être du même coup accorder de l’importance à mon existence. Zimaginez?

Mais ça, c’est un sujet pour une prochaine fois. D’ici là, souhaitez moi de rencontrer l’amour.

Troisième cue.

Wanna Eff-You-Sea-Kay?

Votre charme m’aveugle, votre sensualité me subjugue,
Avec vous, admirer et désirer conjointement se conjuguent.
C’est mû par l’extase de vos maints charmes qui envoutent
Que je me risque à cette supplique qui étonnera sans doute:

Acceptez-vous, jolie dame à la silhouette envoutante,
Que je vous prenne en levrette séance tenante?
Allouez-vous l’intrusive présence de mon sexe auguste
Dans la divine vallée de votre plantureux buste?

Pardonnez-moi, je vous en prie, d’être aussi prompt,
Ne voyez pas en moi qu’un triste et vulgaire polisson.
Je vous inviterais bien volontier à partager un verre
Mais l’alcool m’empêche de bander dur comme fer.

Car pour faire honneur à votre insondable beauté
Ne saurait suffire qu’un mât pleinement érigé.
C’est pourquoi je vous le propose sans ambage,
Laissez-moi, ô gracieuse, vous pénétrer en sauvage.