Épicatéchine, sodomie de mouches et perfection

C’était une fin de soirée de soirée comme nous en avons tous. Minuit relégué aux oubliettes, la main gauche à demi sous le calecif, errant aux abords du pubis afin de se réchauffer les phalanges transies par l’automne qui achève et la droite sur le touchpad de son portable, on se ramasse sur tou.tv pour écouter Curieux Bégin.

N’est-ce pas?

L’émission allait bon train et me fournissait mon apport quotidien de close-up d’artichauts, de saupoudrage théâtral d’épices et de suggestion de vin formulée en pigeant dans un champ lexical qui donnerait une semi-croquante au plus gâteux des membres de l’Académie française. Aussi bien dire que je fucking frétillais sous l’édredon lorsque soudain, une des collaboratrices présentes se lance dans un exposé sur les vertus de l’épicatéchine.

C’est que voyez-vous, l’épicatéchine [notamment contenue dans le cacao], possède d’étonnantes propriétés bénéfiques au développement de la mémoire. Il semblerait que l’on ait, en laboratoire, donné de grandes quantités d’épicatéchine à des escargots avant de les submerger dans une eau pauvre en oxygène. Asphyquié, ces pauvres mollusques à qui on aurait souhaité un meilleur sort [se faire tapisser d’ail avant de se faire gratiner, notamment] déployaient donc leur espèce d’antenne/tuba afin de respirer hors de l’eau. Les chercheurs les forçaient ensuite à rétracter ce tuba en simulant un danger par le tapotement de leur doigt sur celui-ci. Et bien semble-t-il que les spécimens gavés à l’épicatéchine retiennent 8 fois plus longtemps qu’un danger se terre à l’extérieur avant de se risquer à nouveau.

Mind blown pis toute.

Bien sûr, j’ai depuis appelé un de mes [nombreux] savants amis à l’insectarium de Montréal et ce dernier était catégorique: on établit là un nouveau précédent en terme de profondeur d’enculage de mouche.

Il n’en demeure pas moins qu’en regardant l’émission, j’ai repassé dans ma tête mon alimentation de la semaine précédente et en y constatant un flagrant et déplorable déficit d’épicatéchine, je me suis immédiatement dit que je devrais en intégrer à ma diète.

J’ai finalement abandonné le projet mais il n’en demeure pas moins que j’ai l’impression que la liste des choses que l’on “devrait” faire s’allonge à chaque jour qui passe. Parce que ce sont deux choses que je fais régulièrement, les gens me disent souvent qu’ils devraient lire plus, qu’ils devraient courir plus. Comme on dit fréquemment que l’on devrait se reposer plus, qu’on devrait manger mieux.

Ça frôle parfois la névrose.

J’ai notamment rencontré une fille cet été qui m’avoua, l’air grave et sur le ton d’une meurtrière en série rongée par les remords confessant ses sordides crimes sur son lit de mort, qu’elle ne se passait pas assidûment la soie dentaire. Si elle m’avait ensuite mentionné avec le même sérieux qu’elle prenait parfois la liberté de ne pas ingérer sa portion hebdomadaire recommandée d’oméga-3, elle m’aurait presque convaincu de réviser mon palmarès des grands de la transgression des normes sociales pour l’insérer quelque part entre Nelson Mandela et Mohammad Ali.

Et nous serons de plus en plus comme ça, dans plus en plus de domaines. Je pense notamment aux parents qui, me semble-t-il, se mettent une pression hallucinante sur les épaules poussant même parfois jusqu’à vouloir atteindre la perfection autant dans le parentage que dans leurs carrières professionnelles. Je soupçonne qu’ils étaient bien peu nombreux les parents à s’autoflageller il y a 30 ans parce que leur progéniture n’était pas inscrite à 26 activités parascolaires où elle serait adéquatement psychostimulée.

La liste des choses néfastes pour la santé s’allonge. Ne pas lire les étiquettes de nos produits alimentaires reviendrait à vivre sur la corde raide à en entendre certains. Enfourcher son vélo l’espace d’un pâté de maisons sans revêtir un casque serait d’une témérité sans nom.

Je crains qu’à force de toujours pousser cette logique plus loin, on en devienne un peu fou, rongé par le stress et la pression. Et puis je crains surtout ce matin fatidique où j’ouvrirai mon téléphone pour y voir les dernières manchettes et lire que ça y est, les études sont on ne peut plus unanimes: le plaisir est cancérigène.

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Les cons se cachent pour mourir

Il y avait ce type à l’école primaire, Marc-Antoine qu’il s’appelait. Je garde bien peu de souvenirs de l’impubère susnommé, mais mentionnons au passage qu’il est une des deux personnes qui, au cours de ma quiète vie, m’ont assené un coup de poing. Une droite franche, dans son cas, qui eu le lot d’atterrir directement sur mon museau et qui fit voler en éclats quelques vaisseaux sanguins nasaux, ne manquant guère de transformer au passage le sobre vestiaire d’éducation physique de l’école Les Moussaillons en véritable scène sanguinolente que n’aurait pas reniée Tarantino. Yep, rien de moins madame la Marquise.

Comment un sage gamin tel que moi avait pu se retrouver dans pareil pétrin me demandes-tu? Judicieuse question, cher lectorat alerte. Je suis en fait une simple victime, moi qui tentait de m’immiscer dans un conflit fort sérieux [probablement sur l’éventuelle utilisation de la raquette de badminton la plus cool de l’école durant le cours à venir, je ne sais trop] afin de séparer deux belligérants qui allaient d’imminente façon en venir aux coups. Puis paf! Je recevais la seule fronde lancée de tout le combat. Dommages collatéraux qu’ils disent.

Nul besoin, donc, de préciser que je clame mon innocence dans toute l’affaire! Cela dit, dans le différentiel pugilistique des taloches méritées, je considère m’en sortir à bon compte sur l’ensemble de ma vie.

ANYWAY.

Marc-Antoine était, n’ayons pas peur des mots, un con. Parmi les quelques épars souvenirs que j’ai du mécréant en question, notons au passage que ce dernier avait une approche singulièrement jambonne au ballon-chasseur. En effet, sa stratégie consistait à viser directement la face de ses adversaires.

Évidemment, le premier réflexe de tous est de réaliser qu’il s’agit là d’un stratagème digne d’un quotient de boîte à pain puisque la superficie d’un visage est fortement inférieure à celle d’un torse par exemple et qu’il s’agit en plus d’une cible particulièrement mobile latéralement. Accessoirement, certains noteraient également que de recevoir un ballon en pleine poire, ça fait mal en calice.

Cependant, le haut fait d’armes du petit snoreau en question consistait à tuer des mouches avant de sournoisement les introduire dans le lunch d’autres enfants ce qui ne manquait jamais de causer tout un émoi dans l’entièreté de la garderie scolaire. On sous-estime trop souvent l’efficacité d’un bon combo mouche tsé-tsé tranche de beloné comme épicentre d’une crise en garderie.

Puis arriva un jour où l’école décida d’organiser une sulfureuse discothèque en soirée, un truc qui promettait de groover en masse, avec des lasers dans le gymnase, Barbie Girl d’Aqua dans le plafond, des lifts parentaux et des permissions de rentrer après 10 heures.

L’opulence.

Cette même journée, lors d’un de ces raids dont lui seul avait le secret, Marc-Antoine débusqua une solide araignée. Velue à en faire pâlir d’envie le doc Mailloux et grosse à en intimider Aragog, l’araignée d’Hagrid dans Harry Potter.

Yep, grosse de même.

Ti-Toine eut ensuite la brillante idée d’introduire la bestiole morte en question dans le macaroni tout garni de Katie Leclerc. Prestement, Katie se mit à chier des taques. Le brouhaha s’ensuivit, cohue générale, réprimande exaspérée et sentence prononcée. Le sort en est jeté, M-A se verrait être interdit de jouer à la table de Mississippi pour une semaine.

Le soir, en pleine disco, la grogne populaire se fait entendre contre le paria, Katie Leclerc en tête. On juge la peine trop clémente. Attroupée le long du muret d’escalade, la foule invective le malfrat en son absence:

En tout cas c’est vraiment un cave”

C’est quoi son problème à lui, hein?”

En plus y’est laite”

Des gens ont passé la totalité de la rumba dans leur coin, comme ça, à pourfendre Marc-Antoine. Tandis qu’ils auraient pu se donner un solide buzz de Coke diète, participer à un concours de limbo, se déhancher furieusement sur un parquet avec des lignes de terrain de handball, ils ont préféré passer leur temps à rouspéter. En d’autres mots, tandis qu’ils auraient pu se vautrer dans toute la luxure dont peut rêver un jeune de 10 ans, ils ont plutôt choisi de discuter en long et en large de la connerie de quelqu’un d’autre.

Vous savez, ce moment de “lucidité” dans la douche le matin où tu es persuadé d’avoir déniché une analogie absolument incroyable à quelque part entre le shampoing et le revitalisant? Never trust it.

Parce qu’à la base, j’avais surtout envie d’écrire sur tous ces cons à qui on donne énormément d’exposure sur tous les réseaux sociaux. Ça me sidère de plus en plus de voir à quel point on relaie les écrits, les vidéos ou les facéties de tous genres de personnes qu’on juge comme étant épaisses.

Pas plus tard qu’il y a quelques semaines, un blogueur québécois a publié un texte qui se voulait semble-t-il humoristique dans lequel il offrait à une vedette du star-système québécois de la baiser (très) sauvagement en décrivant le tout de façon fort graphique. Levée de boucliers, on dénonce ce brûlot et on invective son auteur. Mais surtout, on partage son billet. Sur Facebook, Twitter, mIRC, chaîne de courriel sur caramail, on publie un lien vers le texte en spécifiant tout de même au passage:

En tout cas c’est vraiment un cave”

C’est quoi son problème à lui, hein?”

En plus y’est laite”

Et les gens vont lire. En grand nombre. 100 000 fois en une journée, dans le cas qui nous occupe, selon ledit blogueur. Hallucinant quand même.

Pour chaque chronique que je vois être relayée sur Facebook accompagnée d’un commentaire positif, j’en vois facilement une dizaine qu’on partage en ajoutant une remarque désobligeante, une insulte.

Une forte proportion de vidéos viraux expose des gens qui font la démonstration de leur bêtise. Pensons notamment au sympathique jeune homme qui était outré qu’on lui refuse l’entrée d’un bar puisque, semble-t-il, son père est substantiellement fortuné riche en tabarnak.

Le pain et le beurre des Duhaime et Martineau, ce sont leurs haters. Leurs plus efficaces porte-paroles, ceux qui engrangent les clics et donnent de la visibilité à leurs textes, ce sont les très nombreuses personnes qui prennent le temps de publier des liens vers leurs chroniques en spécifiant au passage que mautadine que c’est des caves.

J’ignore s’il s’agit là d’un trait humain que de focaliser sur ce qui lui semble être idiot. Peut-être est-ce là une façon de mieux se sentir collectivement. Pointer une personne et tous ensemble spécifier qu’on trouve ça risible semble avoir quelque chose de réconfortant, comme si d’avoir un dîner de con 2.0 apaisait les esprits en manque de confiance. Pourtant, j’aurais cru que la quantité abyssale de télé-réalité disponible aurait suffi à combler ce besoin. Oh well, /Psycho-socio-pop.

J’ai simplement le sentiment qu’en mettant les projecteurs sur la connerie, on porte ombrage à ce qui est lumineux. Qu’on aurait avantage à relayer l’intelligence, retweeter le génie, souligner la pertinence, un peu moins dénoncer les insignifiances et un peu plus encourager la brillance. Au lieu d’écrire un commentaire pour invectiver un journaliste que vous haïssez, prenez la plume pour féliciter le bon coup de celui que vous respectez.

Combien de mères ont prodigué un dérivé du fameux conseil ignore-le-pis-il-va-se-tanner? Agissons donc un peu plus de la sorte et peut-être aura-t-on graduellement l’impression que notre espace public s’assainit, que nous sommes beaucoup moins tarés qu’on le croyait en tant que collectivité. Les gens louches finiront par disparaître d’eux-mêmes.

Prenez Marc-Antoine. Par un curieux hasard, c’est lui qui emballait mes emplettes dans une épicerie d’un village obscure de la Rive-Sud de Québec pas plus tard que le week-end dernier. J’ai un pas pire feeling qu’il ne fait plus chier grand monde.

L’île aux génies et les rednecks

J’habite désormais Montréal depuis tout juste un peu plus de deux ans, après une période migratoire d’une année en sol longueuillois. Parce que oui, je vous l’annonce, certaines genses de Québec, Longueuil n’est pas Montréal. Par ailleurs, lorsque je demeurais à Lévis, je n’ai jamais entendu quelqu’un qui habitait Lévis dire qu’il habitait à Québec. Au maximum, je dirais que région-de-Québec est le rapprochement le plus étroit que l’on fasse entre les deux villes. 

Et après deux ans, j’ai fait un ou deux (voire trois) constats.

Première réalité, et elle fera peut-être mal à mes comparses de Québec: Une très vaste majorité de Montréalais n’ont absolument aucun intérêt pour cette soi-disant rivalité Montréal-Québec (ou Québec-Montréal). Au mieux, certaines personnes ont une opinion sur le maire Régis Labeaume ou sur la construction de l’amphithéâtre. 

Alors qu’à Québec, il y a du substantiel hate envers la ville de Montréal. C’est notamment le cas dans certaines radios talk. Et puis c’est parfois le cas quand je vais prendre des bières dans des pubs, que j’échange avec des gens, c’est un thème récurrent lorsque je retourne dans mes terres natales. On n’aime pas Montréal en tant qu’entité, une espèce de haine monolithique de l’île dans son entièreté.

Donc Montréal ne déteste pas Québec, soit, mais plusieurs Montréalais ont de nombreux préjugés envers les habitants de Québec. 

Par exemple, quelqu’un m’a dit récemment, le plus sérieusement du monde, qu’il était surpris de savoir qu’un gars de Québec lise plus de livres que lui (ou même simplement qu’il lise!). Ça m’a mis un peu furax, je vous l’admets candidement. 

Je conviens qu’il s’agisse là d’un cas extrême, mais à un niveau moins virulent, mais fortement plus fréquent, il y a cette espèce de caricature de gars de Québec qui arbore la calotte à l’envers, engloutit les boissons énergétiques en écoutant du Iron Maiden ou du Metallica ou en écoutant Jeff Fillion (qui n’est d’ailleurs plus en ondes à Québec depuis plus de 8 ans, information trop souvent ignorée par ici). Qu’il existe de tels cas, bien sûr, ne justifie cependant pas la généralisation qui est faite lorsqu’on les regroupe tous sous l’appellation des “libartés”, par exemple.

Si autrefois la rivalité s’articulait beaucoup autour de la polarisation Canadiens-Nordiques (du moins c’est mon impression, mais je n’étais qu’un projet à cette époque), il me semble aujourd’hui qu’elle gravite bien plus autour de la politique et, disons-le, de l’axe gauche-droite. Et c’est là que les épithètes sortent: dretteux, gauchiste, jambon, communiste. On étiquette énormément, on ne s’intéresse pas aux gens nuancés et on monte en épingle les exemples des cas les plus extrêmes de part et d’autre parce qu’il semble plus facile de caricaturer son “adversaire” et se complaire dans ses idées que d’échanger et se remettre en question.

Mais au-delà de toutes ces considérations, ce qui me frappe le plus dans tout ça, c’est de voir à quel point des gens parlent de choses qu’ils ne connaissent pas avec une assurance parfois déroutante. Je dis ça, mais je crois parfois que mon entourage doit trouver que j’ai beaucoup d’opinions sur bien des choses. Fais-je partie du problème?

Je l’ignore, mais je crois faire un effort honnête pour me documenter. De toute manière, c’est un processus hautement thrillant d’apprendre des nouvelles choses il me semble, lire des bouquins, visionner des documentaires, découvrir d’autres cultures notamment par le biais de l’art. 

Et vivre ailleurs.

Parce que mon plus grand constat de mes deux ans à Montréal, c’est de constater combien on découvre plus de choses en sortant de sa zone de confort, en allant ailleurs, en vivant ailleurs. Pour ma part, je n’ai pas pu voyager dans les dernières années parce que j’ai un corps un peu (à peine, un brin) hors normes mais maintenant que je le peux, j’ai vraiment très hâte de partir découvrir le monde. 

Et de plus en plus, je me dis que les voyages pourraient ne pas être suffisants. Je pense qu’il faut vivre ailleurs, habiter l’espace, y travailler, se mouler au quotidien des gens pour pleinement s’imprégner de leur culture. Ça doit être terriblement enrichissant.

Tout ça pour dire que tout le monde gagnerait à vraiment découvrir d’autres villes. Gens de Québec, Montréal, c’est des tonnes de cultures différentes à portée de mains, une quantité incroyable de festivals, un tournoi de mon sport favori, le tennis, qui chaque année offre du superbe calibre, un suave réseau de transport en commun (qui a, il est vrai, sa part d’ennui). Pour les gars, j’ajouterais également que les filles de Montréal sont hallucinantes. C’est dit.

Tandis que Québec, chers amis montréalais, c’est possiblement le meilleur Festival de musique de la province, une ville extrêmement belle (le Vieux-Québec, le fleuve), c’est la meilleure soirée de l’hiver, le Red Bull Crashed Ice. Et c’est surtout, à mon avis, le meilleur endroit pour avoir un week-end romantique.

Et au fond, je parle ici de Montréal et Québec, mais ça me semble vrai pour l’ensemble du Québec (et du monde, en fait). J’ai découvert des choses à Matane, à Manic 5, en Estrie, à Thetford Mines, à Gatineau. J’espère découvrir des choses en Gaspésie, sur la Côte-Nord, dans les Laurentides. 

Bref, moins de hate, plus de love

Yep, voilà le genre de conclusion qu’il me reste à cette heure-ci.

La juste part des choses

Voilà qu’après plus de 70 jours de manifestations, où les tensions ont été multiples et la violence omniprésente, le gouvernement de Jean Charest y allait d’une proposition que les plus modérés ont qualifiée de timide. On apprenait ce week-end que la CLASSE n’entend pas faire une contre-offre puisque, semble-t-il, c’est au gouvernement de reprendre les négociations.

Le dialogue de sourds sur fond de crise se poursuit donc. Visiblement déterminé à aller jusqu’au bout avec la hausse, le gouvernement et son offre anémique n’ont rien fait pour améliorer la situation. Similairement, les étudiants revendicateurs prévoient une manifestation “tous les soirs jusqu’à la victoire”. Parce qu’il semble bien que ce soit ce que l’on recherche de part et d’autre: la victoire.

Dans un tel contexte, il est de plus en plus difficile d’entrevoir une issue à ce conflit qui s’envenime dangereusement chaque semaine. La polarisation des positions et des arguments à laquelle on assiste est alarmante. De gouvernement fasciste à manifestations communistes, les qualificatifs employés dégradent le débat et il serait grand temps que les deux camps retrouvent le sens des mots.

Il est aussi grand temps que les divers partis impliqués se mettent réellement à la recherche de solution et non plus à la recherche de la victoire. C’est cela que devrait comprendre le mouvement étudiant qui perd lentement des appuis dans la population de par ses sempiternelles revendications tonitruantes et irréalistes dans le contexte actuel. C’est aussi ce que devrait saisir le gouvernement intransigeant au taux d’insatisfaction stratosphérique. Si la population semble vouloir abandonner ce dossier, c’est qu’on a depuis longtemps abandonné la recherche de solution.

Ceux qui veulent que le financement des universités passe par une imposition plus grande de ceux qu’on appelle les riches doivent mettre de l’eau dans leur vin en se rappelant que déjà, nos riches sont aussi peu nombreux qu’imposés et que l’atteinte de l’équilibre budgétaire sera le fruit d’un effort réellement collectif. Et ceux qui souhaitent financer nos institutions scolaires postcollégiales avec une hausse de 75% des frais d’inscription auraient avantage à se rappeler l’importance de l’accessibilité aux études et que la présence d’idéaux autres que l’économie dans les politiques publiques n’est certainement pas une tare mais bien le moteur d’une société.

Il faut donc que le dialogue recommence, que chacun accepte la légitimité de la position opposée et fasse ainsi un premier pas vers une solution qui se trouvera dans une zone de gris, une zone de nuance bien peu foulée dans les dernières semaines.

Ce n’est plus le temps des discours qui enflamment, des phrases chocs qui galvanisent et des rhétoriques belliqueuses. Il est désormais venu le temps des discours qui rassembleront autre chose que des bases militantes. Alors que le ministre Bachand invitait dernièrement la population à faire sa juste part, j’invite tous les acteurs dans la crise actuelle, tant ceux du gouvernement que du mouvement étudiant, à faire une autre juste part: la juste part des choses.


La raie-thorique

Voilà donc qu’après l’ô combien riche période des élections fédérales de mai 2011, il semblerait que les Internettes québécoises soient à nouveau prises d’assaut par une horde de débatteurs à l’orthographe douteux désireux de faire connaître leur point de vue sur le sujet brûlant de l’heure: la hausse des frais de scolarité.

Sur les divers réseaux sociaux, on discute ferme de gratuité scolaire, d’indexation des coûts et d’accessibilité à l’éducation. Si l’on peut être tenté de se réjouir que pareilles discussions vivifiantes aient lieu sur le world wide ouebe, je vous arrête immédiatement, jeunes genses enthousiasmés, et vous rappellent que d’argumenter sur le net, c’est un peu comme étendre du fumier: à trop vouloir fertiliser le débat public, tu perds souvent de vue que tu ne fais qu’épandre du caca.

Sachez d’emblée que je me suis moi-même déjà adonné aux malsains plaisirs de l’argumentation sur les Internettes. Pas tout à fait sorti des affres de l’adolescence, je n’hésitais guère à sortir ma plume vitriolique de gamin semi postpubère pour vilipender, avec toute la vigueur juvénile qui m’habitait alors, quiconque avait osé dire une énormité sur le net.

J’ai bien évidemment maturé depuis cette époque dorée et je sais aujourd’hui qu’il n’existe qu’une seule réaction saine à la vile frustration d’être confronté une fois de plus à un de ces poulpiquets malfaisants qui se plaisent à profaner de sottes fariboles sur la toile: je vais me crosser sur de la porn en stream.

Obv.

Toujours est-il que tous n’ont malheureusement pas ce sage réflexe d’aller se soulager les burettes d’un frétillement vigoureux du poignet et certains choisissent plutôt la déplorable voie: celle de s’insérer dans le débat. C’est ainsi que naissent les échanges houleux sur les Facebooks zé les Twitters qui nous offrent ces tristes dialogues de sourds auxquels nous assistons quotidiennement par les temps qui courent.

Vous l’aurez donc compris, petits coquins, LeTapage.com suggère de devenir sourd plutôt que de lire des dialogues de sourds. LOL pis toute.

J’entends déjà les chevaliers du cyberespace s’insurger (évidemment) et dire que tout ça n’est que balivernes. Je commencerais tout d’abord par vous inciter à vous calmer. Il est probable que votre mère dorme présentement et bien que le sous-sol où vous vivez soit bien isolé, ce serait triste de la réveiller. Je poursuivrai ce brûlot en vous incitant à vous rappeler la dernière fois que vous avez vu quelqu’un changer d’opinion dans un débat online. Personnellement, je naviguais sur Netscape quand c’est arrivé.

Et c’est là le noeud du problème. Prenez le cas qui nous intéresse. Dans un débat sur les frais de scolarité, il y aura une prémisse clinquante, quelqu’un qui pourfendra les étudiants en anthropologie de s’acheter des iPhones et des voyages dans le Sud tout en étant contre la hausse ou un autre qui dira des gens en faveur de la hausse qu’ils ne sont que de crapuleux capitalistes qui voient l’éducation comme un produit de consommation.

C’est ainsi que sera lancé un proverbial pavé dans la mare.

Sans tarder, comme un papillon de nuit inexorablement attiré par la lumière comme une mouche inéluctablement attiré par la marde, des opposants de ladite prémisse clinquante viendront répliquer. Il y aura quelques arguments de part et d’autre (toujours les mêmes, énoncés avec une éloquence fort variable), chacun conservera sa position initiale et aura un ton toujours un peu plus belliqueux jusqu’à ce que le débat se termine sans réelle conclusion satisfaisante.

Est-ce dire que toute discussion où chacun conserve sa position est vaine? Bien sûr que non. Mais après la huitième discussion similaire de suite, je serais tenté de répondre moui.

Si je salue certes le désir brûlant, voire chevaleresque, d’apporter au débat public, j’invite ces gens qui polluent tous les réseaux sociaux de leurs même sempiternelles ritournelles à se trouver un hobby comme la confection de modèle miniature, le scrapbooking ou la danse en ligne. Ou mieux encore, je les incite à s’impliquer dans la chose publique. Parce que c’est là que se joue vraiment l’avenir de notre société. Pas sur Facebook.