Les cons se cachent pour mourir

Il y avait ce type à l’école primaire, Marc-Antoine qu’il s’appelait. Je garde bien peu de souvenirs de l’impubère susnommé, mais mentionnons au passage qu’il est une des deux personnes qui, au cours de ma quiète vie, m’ont assené un coup de poing. Une droite franche, dans son cas, qui eu le lot d’atterrir directement sur mon museau et qui fit voler en éclats quelques vaisseaux sanguins nasaux, ne manquant guère de transformer au passage le sobre vestiaire d’éducation physique de l’école Les Moussaillons en véritable scène sanguinolente que n’aurait pas reniée Tarantino. Yep, rien de moins madame la Marquise.

Comment un sage gamin tel que moi avait pu se retrouver dans pareil pétrin me demandes-tu? Judicieuse question, cher lectorat alerte. Je suis en fait une simple victime, moi qui tentait de m’immiscer dans un conflit fort sérieux [probablement sur l’éventuelle utilisation de la raquette de badminton la plus cool de l’école durant le cours à venir, je ne sais trop] afin de séparer deux belligérants qui allaient d’imminente façon en venir aux coups. Puis paf! Je recevais la seule fronde lancée de tout le combat. Dommages collatéraux qu’ils disent.

Nul besoin, donc, de préciser que je clame mon innocence dans toute l’affaire! Cela dit, dans le différentiel pugilistique des taloches méritées, je considère m’en sortir à bon compte sur l’ensemble de ma vie.

ANYWAY.

Marc-Antoine était, n’ayons pas peur des mots, un con. Parmi les quelques épars souvenirs que j’ai du mécréant en question, notons au passage que ce dernier avait une approche singulièrement jambonne au ballon-chasseur. En effet, sa stratégie consistait à viser directement la face de ses adversaires.

Évidemment, le premier réflexe de tous est de réaliser qu’il s’agit là d’un stratagème digne d’un quotient de boîte à pain puisque la superficie d’un visage est fortement inférieure à celle d’un torse par exemple et qu’il s’agit en plus d’une cible particulièrement mobile latéralement. Accessoirement, certains noteraient également que de recevoir un ballon en pleine poire, ça fait mal en calice.

Cependant, le haut fait d’armes du petit snoreau en question consistait à tuer des mouches avant de sournoisement les introduire dans le lunch d’autres enfants ce qui ne manquait jamais de causer tout un émoi dans l’entièreté de la garderie scolaire. On sous-estime trop souvent l’efficacité d’un bon combo mouche tsé-tsé tranche de beloné comme épicentre d’une crise en garderie.

Puis arriva un jour où l’école décida d’organiser une sulfureuse discothèque en soirée, un truc qui promettait de groover en masse, avec des lasers dans le gymnase, Barbie Girl d’Aqua dans le plafond, des lifts parentaux et des permissions de rentrer après 10 heures.

L’opulence.

Cette même journée, lors d’un de ces raids dont lui seul avait le secret, Marc-Antoine débusqua une solide araignée. Velue à en faire pâlir d’envie le doc Mailloux et grosse à en intimider Aragog, l’araignée d’Hagrid dans Harry Potter.

Yep, grosse de même.

Ti-Toine eut ensuite la brillante idée d’introduire la bestiole morte en question dans le macaroni tout garni de Katie Leclerc. Prestement, Katie se mit à chier des taques. Le brouhaha s’ensuivit, cohue générale, réprimande exaspérée et sentence prononcée. Le sort en est jeté, M-A se verrait être interdit de jouer à la table de Mississippi pour une semaine.

Le soir, en pleine disco, la grogne populaire se fait entendre contre le paria, Katie Leclerc en tête. On juge la peine trop clémente. Attroupée le long du muret d’escalade, la foule invective le malfrat en son absence:

En tout cas c’est vraiment un cave”

C’est quoi son problème à lui, hein?”

En plus y’est laite”

Des gens ont passé la totalité de la rumba dans leur coin, comme ça, à pourfendre Marc-Antoine. Tandis qu’ils auraient pu se donner un solide buzz de Coke diète, participer à un concours de limbo, se déhancher furieusement sur un parquet avec des lignes de terrain de handball, ils ont préféré passer leur temps à rouspéter. En d’autres mots, tandis qu’ils auraient pu se vautrer dans toute la luxure dont peut rêver un jeune de 10 ans, ils ont plutôt choisi de discuter en long et en large de la connerie de quelqu’un d’autre.

Vous savez, ce moment de “lucidité” dans la douche le matin où tu es persuadé d’avoir déniché une analogie absolument incroyable à quelque part entre le shampoing et le revitalisant? Never trust it.

Parce qu’à la base, j’avais surtout envie d’écrire sur tous ces cons à qui on donne énormément d’exposure sur tous les réseaux sociaux. Ça me sidère de plus en plus de voir à quel point on relaie les écrits, les vidéos ou les facéties de tous genres de personnes qu’on juge comme étant épaisses.

Pas plus tard qu’il y a quelques semaines, un blogueur québécois a publié un texte qui se voulait semble-t-il humoristique dans lequel il offrait à une vedette du star-système québécois de la baiser (très) sauvagement en décrivant le tout de façon fort graphique. Levée de boucliers, on dénonce ce brûlot et on invective son auteur. Mais surtout, on partage son billet. Sur Facebook, Twitter, mIRC, chaîne de courriel sur caramail, on publie un lien vers le texte en spécifiant tout de même au passage:

En tout cas c’est vraiment un cave”

C’est quoi son problème à lui, hein?”

En plus y’est laite”

Et les gens vont lire. En grand nombre. 100 000 fois en une journée, dans le cas qui nous occupe, selon ledit blogueur. Hallucinant quand même.

Pour chaque chronique que je vois être relayée sur Facebook accompagnée d’un commentaire positif, j’en vois facilement une dizaine qu’on partage en ajoutant une remarque désobligeante, une insulte.

Une forte proportion de vidéos viraux expose des gens qui font la démonstration de leur bêtise. Pensons notamment au sympathique jeune homme qui était outré qu’on lui refuse l’entrée d’un bar puisque, semble-t-il, son père est substantiellement fortuné riche en tabarnak.

Le pain et le beurre des Duhaime et Martineau, ce sont leurs haters. Leurs plus efficaces porte-paroles, ceux qui engrangent les clics et donnent de la visibilité à leurs textes, ce sont les très nombreuses personnes qui prennent le temps de publier des liens vers leurs chroniques en spécifiant au passage que mautadine que c’est des caves.

J’ignore s’il s’agit là d’un trait humain que de focaliser sur ce qui lui semble être idiot. Peut-être est-ce là une façon de mieux se sentir collectivement. Pointer une personne et tous ensemble spécifier qu’on trouve ça risible semble avoir quelque chose de réconfortant, comme si d’avoir un dîner de con 2.0 apaisait les esprits en manque de confiance. Pourtant, j’aurais cru que la quantité abyssale de télé-réalité disponible aurait suffi à combler ce besoin. Oh well, /Psycho-socio-pop.

J’ai simplement le sentiment qu’en mettant les projecteurs sur la connerie, on porte ombrage à ce qui est lumineux. Qu’on aurait avantage à relayer l’intelligence, retweeter le génie, souligner la pertinence, un peu moins dénoncer les insignifiances et un peu plus encourager la brillance. Au lieu d’écrire un commentaire pour invectiver un journaliste que vous haïssez, prenez la plume pour féliciter le bon coup de celui que vous respectez.

Combien de mères ont prodigué un dérivé du fameux conseil ignore-le-pis-il-va-se-tanner? Agissons donc un peu plus de la sorte et peut-être aura-t-on graduellement l’impression que notre espace public s’assainit, que nous sommes beaucoup moins tarés qu’on le croyait en tant que collectivité. Les gens louches finiront par disparaître d’eux-mêmes.

Prenez Marc-Antoine. Par un curieux hasard, c’est lui qui emballait mes emplettes dans une épicerie d’un village obscure de la Rive-Sud de Québec pas plus tard que le week-end dernier. J’ai un pas pire feeling qu’il ne fait plus chier grand monde.

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La métaphore du rope-a-dope

C’est le 30 octobre 1974 qu’a eu lieu le Rumble in the Jungle, un mythique combat de boxe organisé au Zaïre mettant aux prises les poids lourds George Foreman et Muhammad Ali. Presque 40 ans plus tard, plusieurs journalistes sportifs décrivent encore ce duel comme étant possiblement le plus grand évènement sportif du 20e siècle. 

Le combat prévu pour 15 rondes de trois minutes a lieu au Zaïre puisque le président et tyran du pays, Mobutu Sese Seko, accepte de débourser 10 millions de dollars, une somme absolument colossale à l’époque, particulièrement pour un pays africain, afin que le combat ait lieu sur ses terres, désireux de profiter d’autant de visibilité. 

Dans la presse sportive, on prévoit une défaite cinglante d’Ali. On dit de lui qu’il est sur la pente descendante à 32 ans tandis qu’on louange, à raison, le jeune Foreman et sa puissance phénoménale. Foreman a remporté l’or olympique en 1968 (tout comme Ali, huit ans plus tôt) et est au sommet de son art pugilistique à l’aube du choc.

Malgré qu’il soit le négligé des parieurs par 7 pour 1, la population du Zaïre n’en a que pour Muhammad Ali. Connu dans le monde pour ses positions engagées, le boxeur banni pendant trois ans pour avoir refusé de servir au Vietnam rallie les foules. Militant articulé et extrêmement charismatique, Ali s’est à maintes reprises élevé contre la ségrégation raciale et cela fait de lui un héros qui transcende complètement son sport, particulièrement en sol africain.

Mais toutes les bonnes intentions de ces partisans ne peuvent rien changer à l’implacable réalité : George Foreman est supérieur à Ali. Il est plus rapide, bien plus puissant et possède une condition physique hallucinante. Hormis un jeu de pieds supérieur et une expérience un brin supérieure, la liste des avantages d’Ali est courte. Après chacun de ses entraînements, on dit que le punching bag de Foreman était complètement déformé. Après avoir martelé le cuir de son immense paluche droite pendant près de quinze minutes, le sac de Foreman, pourtant le plus ferme disponible à l’époque, était monstrueusement renfoncé.

Dans les minutes qui précèdent le combat, il règne une ambiance funeste dans le vestiaire d’Ali. Son entourage, terrassé, a littéralement l’impression d’envoyer son poulain à l’abattoir. Cela n’empêche par la foule de scander le nom d’Ali avec une ferveur indescriptible tandis que les deux pugilistes se frayent un chemin jusqu’au ring.

À la surprise générale, Ali est l’agresseur lors du premier round. À plusieurs reprises, il surprend le champion en faisant preuve d’une fabuleuse audace. Lorsque la cloche retentit, la foule rugit et dans le coin d’Ali, on respire un peu mieux.

Mais ils ne payaient rien pour attendre.

Complètement déchaîné, c’est avec fureur que Foreman sort de son coin au début du deuxième round et bondit vers Ali puis se met à le frapper de toutes ses forces. Incapable de répliquer, Ali se réfugie dans une posture défensive particulièrement hermétique et laisse les coups venir. Il s’accote sur les câbles, accepte de souffrir et se met à narguer verbalement Foreman qui ne fait que rehausser la puissance et la fréquence de ses frappes.

 C’est ça, le rope-a-dope d’Ali. Pendant quatre, cinq, six rondes, il se laisse marteler de façon brutale en se laissant un peu choir sur les câbles de sorte que ces derniers absorbent une bonne portion des chocs. Il fait preuve d’une immense résilience et espère ainsi que son opposant finira par manquer d’énergie et faire plus d’erreurs, laissera plus d’ouvertures pour la contre-attaque.

Et c’est ce qui se produit.

Au huitième round, il réussit à pincer son adversaire, épuisé, qui chute au tapis pour la mise hors de combat technique. La foule est en liesse. Contre toute attente, Ali reprend possession de son titre mondial.

Muhammad Ali avait compris que devant un adversaire qui le surpassait autant, la meilleure chose à faire était d’accepter de subir les contrecoups et la douleur, attendre que ça passe et lorsque l’ouverture se présenterait, il lui faudrait alors foncer avec toutes les forces qui lui restait. 

Et ça a donné cet immense succès.

PETIT GUIDE 101: COMMENT DEALER AVEC UN MALADE

La vie étant une suite de rencontres, parce que vous pourriez avoir à vous aventurer dans les corridors d’un hôpital près de chez vous, parce que vous êtes le caméraman de Paul Larocque et vous venez d’apprendre que votre nouvelle affectation est d’aller filmer un kid qui va chanter pour le pape à Rome ou tout simplement parce que vous avez une famille, des amis et des collègues, il est fort possible que vous ayez à côtoyer/interagir avec un malade éventuellement. Voici donc la marche à suivre:

TRÈS IMPORTANT: Ne jamais prendre le malade en pitié. La moue attristée, le regard désolé, la mine atterrée, le petit texto surchargé d’:(, les encouragements un brin trop larmoyants, le gagging de compassion, vous m’arrêtez ça.

Pourquoi je déteste la pitié? Parce qu’à chaque fois que quelqu’un a pitié de toi, ce qu’il/elle te dit indirectement en fait, c’est que cette personne ne voudrait vraiment pas être à ta place. Et ça, fuck, c’est chiant. Vraiment chiant.

Si vous constatez que le malade en question fait des efforts pour mener une vie “normale”, ne le félicitez pas de faire les efforts que cela pourrait impliquer. Le malade fait un effort pour mener une vie normale et féliciter quelqu’un d’accomplir des trucs communs, même si ça lui en demande un peu plus, ce n’est pas normal. Pense à ça man.

J’aimerais maintenant m’adresser ici aux personnes responsables d’enseigner les soins infirmiers dans toutes les institutions du ministère de l’Éducation. Prenez vos plans de cours dans votre main gauche, un crayon bien gorgé d’encre dans celle de droite et inscrivez ce qui suit:

1. Lorsque vous rencontrez un jeune patient atteint d’une maladie chronique qu’on voit quasi exclusivement chez des gens d’un certain âge, éviter de mentionner le fait qu’il soit jeune.

Je ne compte plus le nombre d’infirmiers et d’infirmières qui m’ont dit que j’étais “siii jeune”. Qu’on me comprenne bien ici, j’ai un immense respect pour tous les gens qui oeuvrent dans les hôpitaux, ces gens sont des saints d’un dévouement sans borne. Cela dit, qu’est-ce que cette putain de manie que celle de constamment rappeler aux patients qu’ils sont “malchanceux”? Parce qu’un jour, je vous le dis, les patients vont se rebeller et quand on vous apprendra 30 minutes avant la fin de votre quart de travail que vous devez rester pour un double-shift, ils s’approcheront de vous d’un pas feutré et lorsque vous vous y attendrez le moins, vous entendrez une voix glauque vous murmurer à l’oreille:

“Sii difficile”

Ça serait mean et personne ne souhaite en arriver là. Je sollicite donc votre sincère collaboration.

Gracias.

Faites constamment des blagues sur la maladie. La personne qui m’a fait le plus de bien à travers cette période était constamment en train de rire des mes (multiples) handicaps. Trop de gens ont tendance à dramatiser et si vous saviez à quel point ça fait du bien d’en rire. En fait c’est peut-être la plus belle chose que vous pouvez faire si vous l’aimez votre malade, rire de tout ça avec lui.

Au fond je crois que tout revient un peu à ça: dé-dramatiser.

Parce que si on cesse de se leurrer un instant, la vie suce par bout. Pour pas mal 100% des gens. On a tous nos moments de frustration, de doute, de peur ou de douleur. On ne s’attriste pas du sort de celui qui perd à la courte paille comme on ne pleure pas celui qui se fait battre à roche-papier-ciseau. Ça adonne juste que moi je n’ai pas choisi dans les premiers quand est venu le temps de sélectionner les bouts où ma vie allait sucer. Shit happens.

Mais surtout parce que dans les bouts où elle ne suce pas, c’est simplement fou combien elle peut être belle cette vie. Et chaque seconde de trop où tu t’attardes à tes malheurs, c’est une seconde que tu perds pour savourer ces bouts là. Alors si vous êtes en présence d’un malade, n’oubliez pas ça.

Et puis j’écris tout ça sauf qu’honnêtement, la plupart des gens deal très bien avec un malade. Ou bien peut-être ai-je la chance d’être bien entouré. En y pensant bien, c’est peut-être ça.

Wannabe Gordon Ramsay: moé

Si mon idole de jeunesse a sans doute été le mythique Gordon Bombay, c’est avant tout à Kevin McCallister, jeune héros du film culte Maman, j’ai raté l’avion, que je voulais ressembler.

Qu’importe que son interprète soit devenu un heroin addict qui se pique tard le soir dans de sombres ruelles de Los Angeles, l’idée d’être un jeune laissé-pour-compte par toute sa famille partie en France pour célébrer Noël et de résister à l’assaut de vils truands en leur balançant des pots de peinture à la figure ou en leur agrafant le scrotum à l’aide d’une brocheuse électrique me semblait une façon satisfaisante de m’accomplir en tant qu’être humain.

maurice

Puis je suis tombé sur le légendaire bouquin Maurice Richard: Un bon exemple de TÉNACITÉ à la bibliothèque de mon école primaire et c’était décidé: plus tard, je déménagerais des frigidaires de jour et de soir, je compterais huit points de façon systématique. C’était évidemment avant de voir le dude qui jouait Ovila Pronovost incarner le Rocket aux minutes du patrimouène à Radio-Can. Fuck you Roy Dupuis.

Je me suis par la suite mis à lire du Charles Bukowski dans le sous-sol de mes parents et j’ai eu l’impression de découvrir la Vérité-avec-un-grand-v. Mais outre obtenir d’accessoires 100% en Vie économique, secondaire 5, après m’être préalablement saoulé à la Big 10 dans le boisé adjacent à la polyvalente sur l’heure du lunch, je n’ai rien retiré de fertile de cette trouble période.

Puis voici qu’après quelques mois, voire quelques années d’errance, j’ai un nouveau role model.

Gordon Ramsay, ladies and gentleman.

Fuck oui jeunes genses, je deviendrai un chef quadragénaire colérique aux pectoraux saillants. On me menacera à la pointe d’un fusil en m’aspergeant de pétrole dans le cadre d’un reportage sur la chasse aux requins au Costa Rica. Je subirai une transplantation capillaire à 30,000 euros pièce en prévision de mes apparitions à la télévision américaine.

Je serai la vedette du tutoriel d’oeufs brouillés le plus prodigieux de tous les internettes. Je posséderai quatorze putains d’étoiles Michelin. Je manierai avec finesse les couteaux comme les adjectifs:

“Now you can use the most AMAZING lobsters”
“This is simply BRILLIANT”
“Wow, those soufflés are absolutely STUNNING”
“This is DELICIOUS. The cooking is PERFECT, seasoning is INCREDIBLE and the presentation is BEAUTIFUL”

Mais au-delà de toutes ces justifications dont la pertinence atteint à n’en point douter des sommets on ne peut plus stratosphériques, je veux être Gordon Ramsay pour parler anglais avec l’accent d’Angleterre en plus d’être le baws incontesté du boeuf Wellington. Et par-dessus tout, je veux pouvoir insulter et traiter comme de la grosse marde n’importe quel chef amateur en pleine télévision prime time.
Gordon meme

Oui, après Kevin McCallister, Maurice “Rocket” Richard et Charles Bukowski, je tenterai de devenir le prochain Gordon Ramsay.

Être soi-même? Yeah right.

Est-ce que tous les coureurs deviennent fous?

chester-cheetah
J’ai décidé que j’allais me mettre à courir pas pire vite.

Bon, j’admets d’emblée que j’ignore encore si cette résolution tiendra mais au départ, j’estimerais que ma motivation se situait quelque part entre celle des gens qui font la file d’attente pour se sustenter à la Banquise (sérieusement people?) et celle du jeune garçon à l’orée de la puberté qui se confectionne une épée en styromousse pour aller guerroyer avec noblesse contre ses comparses boutonneux à l’ombre du stade olympique par un dimanche matin de mai. Aussi bien dire que je me sentais investi d’une sacrament de mission.

Garçonnet méthodique, je n’allais pas me lancer dans pareille entreprise sans me documenter adéquatement, il en va de soi. Comme toute personne dans le vent de ma jeune génération, la Grande Bibliothèque de Montréal me semblait toute désignée pour cette situation.

Cinq stations de métro me distancent cependant de celle-ci et déjà, je sentais ma motivation fondre comme neige au soleil. Dépité, je me suis également rappelé que j’avais dernièrement lésiné sur la lessive et voilà, j’en étais rendu à arborer mes boxers cousus de mes ô combien habiles mains dans le cadre du cours d’économie familiale, secondaire 2. Comme l’idée de sortir en public dans l’inconfort d’un sous-vêtement recouvrant uniquement le trois quarts d’une de mes deux gosses ne m’enchantait guère, j’ai donc dû abandonner l’ambitieux projet Grande Bibliothèque.

J’ai ouvert Google.

Je devais tout d’abord définir mon objectif. Le lecteur averti aura déjà relevé avec pertinence que le fait de “se mettre à courir pas pire vite” est une cible de MARDE.



Moche
Attardée
Ridicule
Douteuse
Epaisse

Je me suis alors remémoré une succulente formation reçue dans le cadre de mon travail (fuck yeah actuariat) où j’avais appris qu’une bonne méthode consistait à se fixer des objectifs SMART:

Specific
Measurable
Achievable
Realistic
Timely

(D’ailleurs, un de mes multiples plans de carrière secrets est de devenir un grand conférencier qui donnerait des ateliers sur l’optimisation d’une répartition sectorielle des tâches dans un environnement de travail aux cubicules géo-organisés de façon matricielle ou des séminaires sur la maximisation du rendement dans un cadre infonuagique sous la contrainte du multitâche systématique.

Je visualise déjà ma présentation: un PowerPoint de 87 diapositives contenant chacune un acronyme. Je prévois par ailleurs saupoudrer avec finesse des effets d’animation PowerPoint 2007 tels que “estompage” ou “balayage”.)



Ainsi, que voulait dire courir “pas pire vite”? Saviez-vous que le guépard, en plus d’être la figure emblématique d’un des plus raffinés amuse-gueules qui soit, les crottes au fromage, est également l’animal le plus rapide AU MONDE? En effet, l’Acinonyx jubatus, ce félin vivant en Afrique de même que dans quelques rares régions du Moyen-Orient peut courir à des vitesses pouvant atteindre 110 km/h. Personnellement, en lisant cela, j’ai eu une petite pensée pour ma première voiture qui ne pouvait clairement pas atteindre une telle vélocité.

R.I.P Saturn 1995.

Toujours est-il qu’il m’apparaissait sage de me fixer un objectif entre guépard et limace-banane (parce que l’idée de vivre en symbiose avec des séquoias côtiers ne m’enchante guère, obv). C’est là que j’ai pénétré dans l’univers trouble de la course.

Et je dis trouble parce que bon, je crois avoir reçu une éducation décente pis toute et qu’une certaine politesse d’usage me semble toujours de mise. Autrement, je vous aurais dit qu’un substantiel pourcentage de gens qui pratiquent la course sont des MONGOLS.

Distance cible, temps du kilomètre, taux de dépense horaire de fucking kilojoules, rythme cardiaque désiré, intervalles structurés, altitude visée, régularité de la longueur de foulée (sous le demi-écart-type si possible, ya know), diète appropriée.

Lorsque ma nouvelle carrière de sommité du PowerPoint et du motivational speech me rendra las, j’entamerai un doctorat en neuroscience à Stanford. J’ai déjà une ébauche de thèse: Hypertrophie du cervelet et dérèglement de la neuromodulation globale: pourquoi les coureurs deviennent des osties de crinqués.

Humez cet arôme de Nobel de physiologie.

J’ai donc des objectifs de temps pour 5 et 10 kilomètres que je tairai ici de même qu’une ambition de demi-marathon d’ici la fin de l’été. Specific, measurable, achievable, realistic, timely. Solidement SMART comme objectif, je vous le jure.

Or je n’allais certainement pas m’arrêter en si bon chemin! C’est ainsi que par un heureux hasard, je me suis retrouvé sur un groupe Facebook SECRET regroupant une communauté de coureurs. Man, un groupe secret!! Des membres du groupe allaient même jusqu’à affirmer sur la page de ce dernier que leur adhésion avait changé leur vie!!! Nul besoin de vous dire qu’à partir de ce moment, mes attentes étaient énormes. À chaque retrait que j’effectuais au guichet automatique, je m’attendais à voir pleuvoir les billets de 20 dollars comme pour Joshua Jackson dans The Skulls. Je me disais qu’au moment où je m’y attendrais le moins, une sympathique demoiselle, natural 34D d’usage t’sé, m’attendrait dans mon lit à mon retour d’une “sortie” pour un petit 5km. Man, j’étais dans un groupe secret, ça devait bien venir avec des avantages quelconques.

À ce jour, sweet fuck all. Même pas une chronique autographiée de Marc Cassivi ou un échantillon de sueur d’Yves Boisvert, la grosse base pour un courreux hipsto-montréalais. J’étais un coureur sans GPS: j’avais fait fausse route. Je n’avais pas joint un groupe secret mais bien une secte!

Screen shot 2013-04-30 at 1.05.08 AM

Tout un chacun partage ses temps de course et c’est l’opulence des likes mutuels et des points d’exclamation ce qui, je l’admets, n’a rien d’insolite. Mes réserves et suspicions débutent toutefois au moment où je réalise qu’au moins une fois par jour, true shit, un des membres avoue être ému aux larmes par toute cette “fraternité”. Pleurer parce que ta mère est morte, fine. Être ému par The Green Mile, tranquille Émile. Mais verser une larme parce que des gens te disent qu’ils ont fait 10 kilomètres en 46 minutes sur leur heure de lunch? Ça va aller garçon..

C’est ainsi qu’après 637 courriels de notification Facebook, je me suis désabonné de ce groupe, apeuré que j’étais pour mon équilibre mental. Or je suis allé courir cet après-midi, ma troisième sortie seulement post-transplantation et j’ai parcouru un mirobolant 4 kilomètres légèrement sous la barre du 25 minutes. Rien de fou, soit. Mais étant donné mes limitations physiques, j’ai presque senti poindre l’ombre d’un peut-être éventuel sentiment.

J’ai peur.